La vie d’un homme.

La machine à café ronronnait. L’odeur suave aux notes brûlées se répandait dans la maison. L’homme revivait, totalement renouvelé, comme au premier jour. Tout pouvait recommencer.

Une nouvelle journée s’annonçait. Il pourrait tout y réparer, tout y reconstruire. Un seul jour suffirait-il ? Peu lui importait, il savait bien que le soir venu, il serait encore fourbu, épuisé par l’ampleur de la tâche. Mais la vie qu’il sentait en lui était suffisamment prégnante pour y faire face. Comme celle autour,  cette nature généreuse, source d’eau claire qui étancherait sa soif de repos, réparerait les fatigues, comblerait les vides créés, laverait de toute souillure afin qu’il recommençât, à la manière du bousier poussant devant lui sans relâche sa pelote d’excréments.

Cette comparaison coprophile le fit sourire quoique parfaitement à propos.

Le bousier n’est-il pas le seul coléoptère de cette taille capable de soulever 1141 fois son propre poids ! Un record toutes catégories parmi les insectes !

L’homme n’aurait, lui, qu’à soulever des concepts, des idées, des pensées. Autant dire que malgré les difficultés prévisibles, il n’aurait pas à solliciter 1141 fois sa force méningée pour arriver à ses fins.

En son for intérieur, il se dit tout de même qu’au cours de sa journée de travail seraient néanmoins mises en lumière quantités conséquentes de représentations intellectuelles ! Sans doute pas 1141… mais à bien y réfléchir, si l’on cumulait archétypes, notions, perspectives, aperçus, options diverses, chimères, desseins, projets, plans, opinions, doctrines personnelles, théories, inventions, le cumul pourrait bien dépasser les 1141 fois sa propre masse exprimée proportionnellement en unités de courants et processus biochimiques du cerveau.

Ne parlons pas ici de l’activité souterraine mais néanmoins agissante de l’inconscient ! Lui qui croyait se la couler douce ! En vérité, il abattait un travail de titan. Être écrivain n’était décidément pas une vocation si reposante que cela.

Il s’installa à sa table sur la terrasse et repris son ouvrage là où il l’avait laissé la veille, c’est-à-dire au titre… Un titre qui lui plaisait bien : « La vie d’un homme ».

La sienne sans aucun doute mais camouflée derrière ses personnages. Il jugeait sa vie par trop banale pour l’exposer ainsi sans filtres à des inconnus, son public en l’occurrence.

En conséquence, il aménagerait une sorte de mélange entre différents héros ordinaires qu’il pouvait côtoyer, ou dont le souvenir l’avait marqué. Inspecteurs de police en retraite ou d’active, militaires, anciens barbouzes, faussaires en tableaux, braqueurs de banque, notaires et garagistes véreux, femmes aimantes tantôt épouses comblées tantôt mantes religieuses dévorant leurs concubins. Un panel suffisamment vaste pour qu’on ne puisse pas l’y reconnaitre. Sans compter les personnages fantasmés !

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